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Ryû avant Haruki

Avant que Haruki Murakami ne monopolise le devant de la scène à partir du 25 août avec la sortie des deux premiers tomes de "1Q84", c'est "l'autre" Murakami qui tente une apparition. Ryû, de son prénom, que l'on connait bien pour "Les bébés de la consigne automatique", nous revient avec "Les chansons populaires de l'ère Showa".

Six jeunes paumés dépourvus d'émotions et de buts dans la vie entrent en guerre avec six femmes trentenaires, divorcées en manque d'amour, dans une spirale de violence qui voit les cadavres s'accumuler avant de culminer dans une explosion (presque) atomique qui raye de la carte toute une ville près de Tokyo.

Six jeunes désœuvrés qui passent leurs soirées à parler sans s'écouter, à rire de façon incontrôlée et à interpréter des chansons à la mode au bord de la mer. Six femmes qui n'ont en commun que leur prénom, Midori, et qui vont découvrir les vertus de la vengeance.

Murakami a écrit une fable très noire, en forme de karaoké littéraire, jouant avec les références aux mangas, à la culture urbaine et aux chansons populaires japonaises de la seconde moitié du XXème siècle.
Un regard d'une lucidité effarante sur une société où seule l'intrusion de la violence donnerait du sens à un monde voué à la solitude.



Et puisque nous y sommes, sachez aussi que "Love & Pop", toujours de Ryû MURAKAMI, bénéficie d'une adaptation poche au même moment.

Love & Pop aborde une forme de prostitution propre au Japon, dont Murakami avait déjà fait le sujet troublant de son film Tokyo Decadence.
Par l’intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s’acheter des produits de marque. Le roman raconte la journée d’une jeune fille qui, désirant absolument s’offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l’avait prévu.

La littérature n’a que faire des questions de moralité, dit Murakami Ryû, qui a construit son roman à la manière d’une œuvre d’Andy Warhol, en fondant dans la narration des bribes de conversation, d’émissions de radio ou de télévision, des litanies de marques, de titres de films ou des paroles de chansons à la mode. Comme un bruit de fond faisant soudain irruption au premier plan pour saturer le sens de ces rencontres qui s’ouvrent sur tous les possibles de l’humain. Tandis qu’une violence latente se fait de plus en plus pressante et précise.

Il fallait beaucoup de justesse et de sensibilité pour traiter intelligemment un sujet si « racoleur », mais Murakami Ryû, décidément, n’en manque pas. (Johanna Luyssen, Le Figaro Littéraire)